Tout au fond de nous

Et tout au fond de nous gît notre humanité.
Oubliée, enfouie sous la poussière,
tandis que nous grognons, au milieu de la meute,
nous disputant un os dont ceux qui nous dirigent
ont prélevé la viande, avant de nous l’abandonner.
Il est long, le chemin menant à la lumière qui brille au fond de nous,
et pourtant il nous faut, pas à pas en suivre le tracé.
Au jour de notre mort, à l’heure du bilan,
que nous puissions nous dire : J’ai fait ce qu’il fallait,
ma vie ne fût pas vaine, j’ai découvert en moi ce qui compte vraiment.
Je me suis écarté de la meute et de l’os,
j’ai regardé enfin au plus profond de moi, et j’ai vu qu’il y avait mon âme.
Toujours elle était là, elle n’attendait que moi,
que j’y prête attention plutôt qu’à ces chimères.
Il a fallu que j’apprenne à mon esprit troublé,
à rechercher en moi cette source paisible,
à détacher mes sens de ce vain tourbillon que le monde fait miroiter autour,
pour trouver enfin le sens de la vie.
Et tout au fond de nous gît notre humanité,
Voilà ce vers quoi il nous faut nous tourner.

Le dit d’Athanase, le sage de la montagne

Valéry Sauvage – mai 2022

Moment fugace

Moment fugace que celui où,
notre regard tourné vers les étoiles,
nous avons ressenti en nous l’infini, l’éternité.
Puis cet instant s’est évanoui,
laissant au fond de nous sa marque indélébile.
Alors, égarés dans ce monde,
nous avons essayé de comprendre le sens de ce que nous avions vécu,
aspirant à retrouver la magie de cette vision, si vite disparue.
Un jour enfin, nous nous apercevons que c’était là,
au fond de nous, si lointain mais si proche,
toujours présent, à chaque souffle,
mais que nous n’en étions pas conscients,
trop occupés à courir après notre ombre,
après d’incertaines chimères, après de futiles plaisirs.
Il n’est pas facile pour notre esprit
de saisir l’éternité dans le souffle de l’éphémère.

Le dit d’Athanase, le sage de la montagne.
Valéry Sauvage – mars 2022

L’écume de feu et de sang

L’écume de ce monde a pris des reflets de feu et de sang.
Folie des hommes qui prend sa source dans l’ignorance.
Ignorance de ce qui fait de nous les gouttes d’un même océan.
Quelle goutte voudrait prendre la place de sa sœur au sein du flot,
disant que cette place lui revient et réclamant son droit ?
Folie des hommes qui ne savent voir l’autre comme un autre soi-même.
C’est pourtant la même force qui nous anime, le même souffle,
la même vie qui nous porte, durant notre bref passage ici-bas.
Cette force, cette vie et ce souffle, voilà ce qu’il nous faut chercher
au plus profond de nous, découvrir que c’est ce qui nous relie tous,
que ce qui nous sépare ce n’est que d’ignorer que,
tout au fond de nous, nous avons cela en commun.
Pour faire la paix avec l’autre, il faut chercher la paix en soi.
Elle se trouve dans le souffle qui va qui vient, qui nous anime.
Il est temps d’écarter l’écume de ce monde et de plonger enfin,
de nager au cœur de l’océan, avec les autres gouttes.

Le dit d’Athanase, le sage de la montagne.
Valéry Sauvage – mars 2022

Changer le monde

Nous rêvons tous de changer le monde, de lutter contre l’injustice et l’oppression, de trouver une solution à tous les malheurs auxquels nous sommes confrontés. Alors, nous brandissons des pancartes pour crier notre colère, nous voulons faire « la révolution ». Si le monde est ce qu’il est, c’est à cause de notre ignorance et le monde ne changera que si nous commençons par nous changer nous-même. Quelle révolution a apporté une solution aux problèmes de ce monde ? Des améliorations à la périphérie, certes, mais sur le fond, le monde continue à tourner comme avant, les plus forts, les plus égoïstes, remportent la meilleure part en piétinant le reste des habitants de la planète, et pillent les ressources de celle-ci à leur seul profit. Le reste de la population accepte cela, car les gens espèrent à leur tour de profiter un peu de ces richesses, sans se soucier que le surplus qu’ils réclament comme leur dû est le nécessaire qui manquera à l’autre.

L’ignorance de ce que nous sommes est la cause de cet égoïsme et tant que cet égoïsme (qu’on appelle aussi individualisme pour en atténuer un peu le sens et le rendre supportable) durera, le monde n’est pas près de changer. Lutter contre l’ignorance, ce n’est pas acquérir du savoir, on a vu des savants tout aussi égoïstes que le reste de la population, même si un peu de réflexion pourrait amener à essayer de changer de comportement, mais ce n’est pas de cette connaissance dont il est question, mais de la connaissance de soi, comme les sages de Delphes l’avaient gravé au fronton de leur temple : « Connais-toi toi-même ! ». Qui sommes-nous vraiment ? Voilà ce que nous devons découvrir, et nous-seuls pouvons le faire, c’est une démarche personnelle, s’il y a bien un individualisme qui en vaille la peine, c’est celui-là : se découvrir, découvrir notre vraie nature, notre être profond, c’est l’éveil à cette conscience qui nous fera jeter un autre regard sur le monde dans lequel nous vivons et sur les êtres qui l’habitent, et découvrir au plus profond de nous le respect que l’on doit à ces êtres, à cette nature, à cet univers. Seule cette conscience de ce que nous sommes, de ce qu’est ce monde dans lequel nous vivons nous amènera à le respecter, et dans ce respect est la solution à tous les maux que nous subissons et que nous déplorons. Si l’on respecte l’autre, va-t-on l’exploiter afin de s’enrichir ? Si l’on respecte la nature, va-t-on la piller et l’épuiser, la polluer jusqu’à la rendre invivable aux générations futures ? Mais pour trouver en nous ce respect, il faut en connaître la vraie nature, la nôtre, celle d’autrui, celle de l’univers qui nous accueille pour un laps de temps limité en tant qu’êtres humains. Et cette connaissance, nous devons l’acquérir par nous même, nous devons parcourir ce chemin, personne ne le fera à notre place, aucune révolution ne va le décréter, aucun mouvement de foule ne s’y substituera. Si nous ne nous prenons pas en charge, personne ne viendra le faire à notre place.

Si vous voulez changer le monde, changez-vous vous-même d’abord, car c’est vous qui faites que le monde est ce qu’il est. Le moyen, à vous de le trouver, mais pour le trouver, il faut commencer par le chercher. Celui qui recherche avec sincérité trouvera. Les religions ont proposé des solutions, mais il semble bien que malgré la sincérité de leurs fondateurs, le propos initial ait été enfoui, au cours des ans, sous des croyances, des dogmes, des rites, qui ont plutôt masqué ce message qu’ils ne l’ont perpétué. Il faut revenir à la source, s’éveiller à cette conscience qui est en nous et qui est la source du respect nécessaire à une vie harmonieuse dans ce monde. La clé est dans notre souffle, qu’en latin, les anciens sages nommaient « anima ». L’anima, le souffle, ce qui anime le monde. Personne ne respirera à votre place, et le monde ne changera que si vous commencez par vous changer vous-même.

Le dit d’Athanase, le sage de la montagne.

Valéry Sauvage – 14/02/2022

Éveil


Vient un jour où enfin l’on s’éveille,
où l’on comprend toutes les choses qui nous entourent.
L’Homme d’instinct ne les comprend que selon ses passions,
l’Homme de pensées les examine, les classe, colle des étiquettes.
Tous pensent avoir compris, mais ils ne savent pas.
L’éveil n’a pas besoin de mots, comment pourrait-on expliquer Cela ?
Cela se vit en nous, bien qu’au-delà de nous.
Cela est infini, dans le temps et l’espace.
Dites-moi, quel est le nombre qui marque l’infini ?
Les mots pour en parler ne sont que pierres blanches,
pour montrer le chemin.
Mais, si on ne s’engage sur ce chemin, comment savoir où il mène ?
Il mène en un lieu et un temps où nous sommes déjà :
Ici et maintenant.

Le dit d’Athanase, le sage de la montagne

Valéry Sauvage – 2 février 2022